| Marseille 2013, révélateur du malaise | ||||
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Marseille Correspondant - Une petite salle dédiée au théâtre contemporain ferme ses portes jusqu'en juillet, un lieu de résidence d'artistes tirera le rideau le 1er avril, des subventions sont réduites, un profond malaise affecte les bibliothèques et les musées, etc., et, illustration symbolique, des intellectuels se sont enchaînés, mercredi 9 mars place de la Bastille, à Paris, pour protester contre les conditions d'organisation de Marseille-Provence 2013. Marseille est loin de l'enthousiasme né lors de sa sélection, en 2008, au titre de capitale européenne de la culture en 2013. L'amertume se lit dans une pétition adressée à Jean-Claude Gaudin (UMP), maire de Marseille, dénonçant la suppression d'une subvention de 30 000 euros au Centre international de poésie de Marseille (CIPM), qui oeuvre depuis vingt ans à la promotion de la poésie contemporaine, notamment par des échanges avec les pays de la Méditerranée. Les signataires se disent "stupéfaits et outrés qu'une telle décision soit prise au moment même où il est demandé aux structures culturelles de la ville de se mettre en ordre de marche pour relever le défi 2013". Effet immédiat de ce coup de ciseau, la manifestation "Poésie et Rock" voit son format réduit. "On me dit que ce n'est pas 30 000 euros qui vont nous faire mourir, explique Emmanuel Ponsart, directeur du CIPM. Mais si le seul objectif est qu'on ne meure pas, ce n'est pas très ambitieux quand on veut être capitale européenne." Pour 2013, le CIPM sera notamment retenu comme organisateur d'un Salon des revues culturelles de la Méditerranée. Comme beaucoup d'associations, le centre a le sentiment de "vivre en soins palliatifs". Daniel Hermann, adjoint à la culture de Marseille, se justifie : "Je suis le bureau des pleurs, on me demande des sous de partout. J'ai supprimé 50 000 euros à quelques associations dont les critères n'étaient plus lisibles."
Les coupes claires affectent aussi le conseil régional qui, en 2011, réduit de 2 millions d'euros le montant de ses subventions culturelles. Pour Patrick Mennucci, vice-président (PS) délégué à la culture, il n'y avait pas d'autre choix possible alors que, pour les quatre années à venir, l'Etat diminue de 176 millions sa dotation à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. L'élu défend les arbitrages pris sur des critères précis et "non pas à la tête du client". "Face à deux compagnies nationales de danse, je ne traite pas de la même façon le ballet Preljocaj, qui se produit quatre-vingt-dix fois dans l'année dont une trentaine dans la région, et le Ballet national de Marseille qui danse trente fois." Le redéploiement des subventions d'Etat fragilise également les acteurs locaux. A la Friche de la Belle-de-Mai, l'association AMI-Centre de développement pour les musiques actuelles est confrontée à une réduction de 90 000 euros en deux ans de la subvention allouée par la direction régionale des affaires culturelles (DRAC). Sa couveuse d'entreprises culturelles n'entrerait pas dans le champ des actions aidées. "Je dois mettre trois des treize salariés dehors. Ça m'empêche de dormir et ça met en danger la structure", déplore Ferdinand Richard, son directeur. Dans ce contexte de crise aiguë des ressources de l'Etat et des collectivités territoriales, Marseille-Provence 2013 ajoute à la fébrilité. Sur les 2 200 dossiers reçus après un appel à projets, 600 seulement devraient figurer dans la pré-programmation qui sera annoncée à la fin de l'année. Impatience et désillusion gagnent les candidats dans l'expectative. François Pecqueur, le directeur du Point de bascule, attend des nouvelles de son projet de festival, Les Arailleurs, 365 petites formes artistiques produites quotidiennement dans un endroit autre qu'un lieu de culture. "Une capitale culturelle, considère-t-il, ce n'est pas la Coupe du monde. Elle doit traduire le bouillonnement marseillais. Chez nous, il y a quelque chose de particulier et on gomme cette spécificité pour faire comme tout le monde." Le malaise culturel marseillais est sous l'effet de loupe de Marseille-Provence 2013. "L'inquiétude est normale, temporise Bernard Latarjet, directeur de l'association Marseille-Provence 2013. Il souhaite tordre le cou à l'idée d'un siphonnage des subventions culturelles à son profit. "Si j'avais la conviction qu'on vide les caisses des acteurs marseillais pour remplir les miennes, je serais parti depuis longtemps." Les collectivités locales s'étaient engagées devant le jury européen à ne pas recourir à une technique de vases communicants et à "flécher" dans leur budget les subventions pour l'"année capitale". "Jusqu'à présent, souligne M. Latarjet, je n'ai pas de preuves que l'engagement n'a pas été tenu." Pas d'alarme donc à la Maison diamantée, siège de l'association, où l'on cite l'expérience des autres capitales européennes. A mi-parcours, l'enthousiasme céderait classiquement le pas à la désillusion. "C'est normal lorsque les acteurs habituels voient débarquer l'équipe de la capitale européenne, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine", analyse Bernard Latarjet. Selon Bernard Millet, ancien directeur des Rencontres internationales de la photographie d'Arles, aujourd'hui conseiller à la culture du président (PS) du conseil général des Bouches-du-Rhône, Marseille-Provence 2013 se voit assigner, outre l'organisation de l'événement, la tâche de structurer une politique culturelle marseillaise mal définie. "Marseille a du mal à faire des choix, à définir des priorités. Avec un budget de ville pauvre, le nombre d'acteurs culturels y est très important. Entre 2004 et 2007, le nombre d'associations liées au spectacle vivant a augmenté de 40 %, ce qui a accru les sources de dépenses." La tâche est lourde et la mise en ordre de marche des structures municipales laborieuse. L'Association des bibliothécaires de France (ABF) vient ainsi de renoncer à organiser son congrès annuel à Marseille en 2013, conséquence d'un profond malaise dans les bibliothèques municipales. Dans ce ciel chargé, des éclaircies apparaissent. Après des rivalités de territoires, le périmètre de Marseille Provence 2013 est ainsi arrêté. Toulon n'y sera pas mais Aix-en-Provence, avec son puissant moteur culturel, a finalement intégré le projet. La seconde ville des Bouches-du-Rhône avait menacé de se retirer considérant ne disposer que d'un strapontin. La préparation de l'"année capitale" s'y déroule à présent sans heurts. Luc Leroux |
| Mis à jour ( Dimanche, 20 Mars 2011 09:43 ) |





